Il vaut mieux avoir lu l'épisode précédent avant d'entamer celui-ci.
Alaia flotte dans le vide. Elle ne ressent plus ses membres, ne respire pas. Elle se contente d’être, immobile, les yeux aveugles, l’odorat éteint, le cœur inerte.
– Qui… ? Qui est là ? Du feu… La chaleur… Est-ce toi ? Cela fait si longtemps. Mes sens n’ont jamais oublié ta forme, mon amour. Où es-tu ? Viens à moi. Viens à moi. Viens à moi !
Elle n’entend pas vraiment ces mots. Ils se forment dans son esprit, soupirs ténus d’abord, puis de plus en plus puissants. La voix gagne de l’ampleur, l’appel vibre en elle et ranime les battements de son cœur.
Alors que son corps reprend vie, Alaia ressent la douleur. Partout. On la déchire en morceaux, on lui arrache les entrailles. Elle hurle, elle voit. Les lames s’enfoncent en elle, des silhouettes cyclopéennes s’acharnent, découpent, massacrent. Elle tombe, son corps mutilé dégringole et se disperse dans le néant.
Quand le monde reprend consistance, Alaia est recroquevillée par terre, trempée de sueur, les mâchoires écartées dans un hurlement inhumain. Une brûlure vrille sa main gauche, qui brille d’un feu intérieur. Ses veines ont pris l’éclat de la lave en fusion et dessinent un réseau luminescent sous sa peau. De la vapeur s’échappe de sa bouche alors qu’elle halète, tentant de comprendre ce qui vient de se produire.
Dans sa paume, une fente encore incandescente apparaît. Celle-ci s’ouvre et Alaia ne peut qu’observer avec horreur un œil luisant à la pupille fendue, qui pivote dans plusieurs directions avant de s’immobiliser face à elle. Ne t’évanouis pas, ne t’évanouis pas, se répète-t-elle.
Ses sens sont en alerte, leur acuité stupéfie la devarah. Son ouïe lui indique que tout le monde a entendu son cri. Elle entend les interrogations des invités, trop enivrés pour réagir, puis les appels de la garde privée, qui va forcément monter. Elle doit partir, se mettre à l’abri. Elle réfléchira plus tard.
Alaia quitte précipitamment la pièce et regagne la chambre. Héria dort toujours, ainsi qu’elle le lui a ordonné. L’olisbos repose toujours à côté d’elle. Vu la tournure de la soirée, elle n’est plus à ça près. Dans un état second, Alaia s’en empare et sort par la fenêtre. Dans les jardins, elle entend toujours de la musique et des conversations animées.
– Quelqu’un sait se qui se passe ? Il paraît qu’il y a eu un cri.
– La soirée est terminée, annonce un garde. Rentrez chez vous, s’il vous plaît.
– Quelqu’un est mort ?
– Héria est morte ? Par les dieux !
Alaia s’efforce de se détacher du brouhaha et de garder la tête froide. Ses sensations lui reviennent petit à petit. La brûlure au creux de sa main s’atténue, ses sens reprennent une intensité normale. Elle n’ose pas regarder. Peut-être que tout ceci n’est qu’un rêve absurde dont elle va s’éveiller quand Atrisis la secouera.
Elle se love contre le mur de la villa et cherche un endroit où descendre en toute tranquillité, accrochée au lierre qui dévore les murs blancs. Elle serre contre elle l’olisbos de jade, comme s’il était son seul ami désormais. Pendant quelques instants, blottie dans les feuillages, elle écoute, surveille. Puis lorsqu’elle se juge en sécurité, elle traverse les jardins et s’enfuit dans la nuit.
À suivre...

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