19. Enquête dans la Ruche

par Aemarielle | Les épisodes | 0 commentaire

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Quand Charid quitte la caserne, le soleil est désormais haut dans le ciel. Non loin de la grande porte, il constate avec une pointe d’inquiétude que la prêtresse l’attend. Il la reconnaît à sa stature et son attitude. En revanche, elle a troqué sa robe safran pour une tenue plus discrète, mêlant lin et renforts de cuir. Son bâton richement décoré a cédé la place à une lance.

Elle lui accorde un hochement de tête à son approche.

–  C’est bon, j’ai vu avec le capitaine, il m’a mis sur l’enquête.

–  Ne perdons pas davantage de temps, répond Atrisis.

–  Tu es certaine de vouloir m’accompagner dans la Ruche ? Ce n’est vraiment pas un endroit pour une dame de ta qualité.

Charid entend régulièrement cette expression dans la bouche de Taleb. Il en a conclu que toutes les femmes riches ou puissantes appartenaient à la caste des « dames de qualité ». Atrisis laisse échapper un sourire à ces mots.

–  Ne te soucie pas de moi, répond-elle.

Ensemble, ils descendent en direction de la Ruche, évitant chariots, bestiaux et commerçants pressés. Au fil de leur progression, Charid s’amuse de l’expression de plus en plus sombre d’Atrisis, du pli de son nez, incommodé par les fumets peu ragoûtants qui flottent dans l’air. Les ateliers des tanneurs se trouvent un peu plus bas, au bord du Nelos. Bien qu’isolés de la cité, les odeurs de sang et de tanins qu’ils manipulent voyagent avec le vent matinal. La prêtresse se contente d’appuyer une étoffe sur le bas de son visage.

Sa démarche se tend dès leur arrivée dans les ruelles étroites et sinueuses de la Ruche. Charid échange un deben contre un fruit auprès d’un marchand et le croque d’un air détendu tout en guidant sa compagne. Il se fend même d’une visite guidée rien que pour elle.

–  Là, explique-t-il en désignant une minuscule baraque aux murs fissurés, il y a quatre familles qui vivent ensemble. Là-bas, c’est un tripot où l’on vient perdre le peu de cuivre qu’on gagne au jeu pour enrichir la patronne. Sur la placette, de l’autre côté, le marché. Moins de choix que dans les Coffres d’Ouadjour, mais que de la qualité…

La prêtresse coule un regard dédaigneux sur les étals miteux autour desquels volent des essaims de mouches. La viande y est rare, le pain gris ressemble à de la pierre. Un marchand vend quelques chèvres maigres et du fromage.

–  C’est ici qu’Alaia et toi avez grandi ? demande-t-elle.

–  De merveilleux souvenirs, tu imagines.

–  Et ce Them était votre chef ?

–  Oui.

Charid serre les mâchoires et observe les doigts de la prêtresse serrer le manche de sa lance. Il n’a pas eu besoin d’entrer dans les détails pour lui faire comprendre que Them était dangereux et qu’il leur avait fait beaucoup de mal. Tous deux gardent le silence jusqu’au port.

À l’endroit où Charid a observé les corps ne subsistent que des traces de sang et des marques dans la poussière. Peu de temps après la découverte macabre, des envoyés du dispensaires ont chargé les corps et les emportés, le temps de les préparer pour leur inhumation.

–  Je ne pense pas que tu trouveras grand-chose ici, dit-il. Je ne sais pas ce qui leur est tombé dessus, mais les corps étaient dans un sale état.

Atrisis observe la ruelle, les murs des entrepôts. Elle s’arrête à un endroit en particulier, pose la main contre une paroi et prononce quelques paroles dans une langue que Charid ne comprend pas. Cela dure quelques instants avant qu’elle ne tressaille.

–  Alaia était ici. Je perçois des filaments de sa présence.

Aussitôt Charid se rapproche.

–  Je ne vois rien. De quels filaments tu parles ?

–  Lorsqu’une istarienne fait appel au don de la déesse, l’énergie qu’elle déploie laisse des traces. En général, cela ne dure pas. Mais ici, je perçois une forte réminiscence d’hékâ rouge.

Même si Charid n’est pas rompu aux mystères des prêtresses et sorciers, il comprend le sens général des paroles d’Atrisis. L’idée qu’Alaia soit capable d’user de magie lui laisse un goût étrange dans la bouche. Cela fait si longtemps, peut-être ne la connaît-il plus ?

Une ombre plane sur le visage d’Atrisis. Sa main tremble légèrement quand elle la retire du mur.

–  Il y a un problème ?

–  Quelque chose de puissant était là. Alaia n’était pas seule, son hekâ se mêle à autre chose.

–  Quoi donc ?

La prêtresse hésite, puis secoue la tête.

–  Je ne suis pas sûre… Tu disais que Luxatari travaillait dans une maison de plaisir ? s’enquiert-elle soudain.

–  Euh oui, le Lait d’Hathor. C’est dans le quartier des voyageurs, pas très loin.

–  Espérons que nos réponses se trouvent là-bas, dans ce cas.

À suivre

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