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Quelques questions au port confirment à Charid que Niz n’a manifestement pas choisi de voyager par la mer ni par le fleuve. S’il a opté pour un convoi terrestre, le caravansérail est leur meilleure option.

D’un pas alerte, tous deux se dirigent vers les portes de la cité, où stationnent les chariots et les bêtes de trait. À leur arrivée, ils sont accueillis par un concert de braiments et de conversations animées. Sur la grande place, chacun connaît son travail. On charge et décharge des paniers chargés de nourriture, les ânes sont harnachés et lestés de marchandises. Dans des cages en bois, des volailles protestent contre leur captivité.

Désorientée par toute cette agitation, Atrisis se laisse guider par Charid. Celui-ci interpelle des marchands, questionne ; des debens quittent sa bourse de temps en temps. Des gamins lui indiquent un convoi en partance pour Medan, une ville plus au sud, proche du Décheret, le désert rouge.

Occupé à charger des paniers sur le dos d’un âne récalcitrant, Niz ne les voit pas arriver. Il sursaute quand Charid abat sa main sur son épaule.

–  J’ai presque fini, commence-t-il avant de s’interrompre.

Le peu de couleurs présentes sur son visage lunaire s’évanouit. Dans les yeux de Niz, Charid lit l’incrédulité la plus totale.

–  Charid ? Comment… ?

Le coup de poing fuse immédiatement. Niz le prend en pleine figure. La voix du bandit abat un voile de fureur sur Charid. Il en oublie la raison de sa venue, il oublie Alaia, son inquiétude pour elle. En un instant, un afflux de souvenirs inonde son esprit. La douleur, l’humiliation, les rires tout autour de lui. Il est de nouveau à quatre pattes dans le sable, soumis au bon vouloir de Them derrière lui. Du sang coule dans ses yeux, séquelles des coups qu’il a reçus avant d’être violé. Il se raccroche à l’image d’Alaia, maintenue immobile par Niz pour l’obliger à regarder.

–  Voilà ce qui arrive aux déserteurs ! exulte Them.

Charid pousse Niz au sol, s’assied sur lui et frappe de toutes ses forces. Sobek, celui-là est pour toi !

Des bras puissants l’enserrent et le soulèvent.

–  As-tu perdu la raison ? s’écrie Atrisis. Si tu le tues, nous ne saurons jamais ce qui s’est passé !

–  Mêle-toi de tes affaires, grogne-t-il. Tu n’as aucune idée de ce qu’il m’a fait. Je n’ai pas pu avoir Them, mais je l’aurai lui !

–  Pense à Alaia, s’il te plait.

Elle le tient fort contre son buste. Ses mains étrangement calleuses pour une istarienne capturent ses bras. Charid sent ses forces le quitter. Il veut rester dans cette étreinte et y pleurer toutes les larmes de son corps.

–  Je suis là, je suis là, dit-elle.

Sa voix d’ordinaire si tranchante prend des accents maternels. Autour d’eux, des marchands s’approchent, mais gardent une distance respectueuse.

–  Cette affaire concerne le temple d’Istara et la Medjaï, annonce-t-elle de sa voix implacable. Retournez à votre travail.

Par terre, Niz se protège le visage de ses bras en gémissant. Le coup de poing lui a ouvert la lèvre, qui saigne abondamment. D’autres plaies et hématomes ornent sa peau pâle, stigmates de la rouste que les hommes d’Emenfret lui ont infligé. Il est si pathétique que la colère de Charid commence à retomber. Concentre-toi sur elle, se dit-il pour se calmer. Tu dois retrouver Alaia. À quelques pas de lui, l’âne confié à Niz le contemple d’un regard placide, presque bienveillant.

–  Tu vas nous suivre et répondre à toutes nos questions, exige Atrisis.

–  Je ferai ce que vous voulez, mais ne me frappez plus, pitié.

L’estomac de Charid se tord au souvenir de ses propres suppliques, mais il se contente de relever Niz sans douceur pour l’emmener au calme, pendant qu’autour d’eux, après un bref moment d’agitation, on se désintéresse de leur sort.

Fin de l'interlude

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