8. Dans la souricière

par Aemarielle | Les épisodes | 4 commentaires

Avant de commencer, as-tu lu l'épisode précédent ?

–  Tu es sûre, tu as fouillé partout ?

–  Partout. Elle n’a rien sur elle et rien de planqué à l’intérieur non plus.

–  Par Satekh !

Alaia s’éveille sous une gifle. Puis une autre. Elle ouvre les paupières et tente de calmer la danse du décor autour d’elle. Elle est entourée de caisses et de sacs de grains. Son œil est attiré par une souris qui traverse la pièce à toute allure.

Debout devant elle, Them lui remet une claque. Le cuir de son gant lui érafle la joue.

–  T’es réveillée, ma jolie ?

Il saisit son menton et approche son visage du sien. Son haleine sent le vin.

–  Où est la pierre, Alaia ?

Il faut quelques instants à Alaia pour se remémorer le fil des événements. Le port, Luxatari, la compréhension de sa stupidité à l’instant où elle sent le venin engourdir ses membres.

–  La pierre ? marmonne-t-elle.

Alaia baisse les yeux. Elle est assise, ligotée sur une caisse. Niz et Kimbra sont assis un peu plus loin. Luxatari est debout à côté de Them. Sous le masque, Alaia sent le poids de son regard. Ses yeux verts sont la seule chose qui n’ait pas été détruite par le poison. Elle sourit, de ces sourires sans joie, mais hautement satisfaits.

–  Le putain de rubis, où est-il ? s’énerve Them. Dis-moi que tu l’as récupéré, Alaia.

–  On te croyait plus compétente, raille Luxatari. On te demande un rubis, tu nous rapportes un phallus en jade.

Le regard de Them la fait taire. Le voleur n’a pas l’air d’humeur à plaisanter. L’absence de la pierre semble le plonger dans un état proche de la panique.

–  Je te connais, petite souris. Tu as forcément trouvé la pierre. Dis-moi, tu l’as cachée, c’est ça ? Qu’est-ce que tu en as fait ?

Alaia ouvre grand les yeux et affiche une expression terrifiée. Them se penche vers elle, approche son visage du sien. La main de Luxatari s’interpose sèchement.

–  Ne la touche pas !

Them se redresse comme s’il voulait esquiver une morsure de vipère. Luxatari secoue la tête, saisit le voleur par les joues et l’oblige à la regarder.

–  Je te l’ai dit, pas de contact peau à peau. Tu ne voudrais pas que son hekâ te réduise à l’état de marionnette, si ?

Le voleur pince les narines et fait les cent pas. Alaia contemple Luxatari d’un nouvel œil. La haine que ressent la jeune femme à son égard va jusqu’à révéler les secrets des istariennes à un moins que rien comme Them.

Je me suis complètement fourvoyée.

Luxatari se campe devant Alaia.

–  Ne nous fais pas perdre notre temps, d’accord ? Qu’as-tu fait du rubis ?

–  Si je te le dis, tu me laisseras partir ?

La femme sourit.

–  Si tu me le dis, je mettrai un terme à ton existence rapidement. Ce n’était pas mon projet, tu sais. Dans mon plan, je te vends à la propriétaire du Lait d'Hathor. Elle a une pièce spéciale où elle organise des spectacles… particuliers, pour un public aux goûts très spécifiques. Mais je suis prête à me montrer charitable si tu nous donnes ce que nous voulons.

Alaia secoue la tête.

–  Tu sais que ce qui t’est arrivé n’est pas de mon fait. Je ne t’ai jamais fait de mal.

Lux empoigne ses tresses et lui tire la tête en arrière, lui arrachant un cri.

–  Tout est ta faute ! Si tu n’étais pas arrivée chez Nessato, je serais toujours au temple. Tu as manœuvré pour me remplacer. Derrière tes minauderies et ta gentillesse, tu as tout fait pour m’évincer.

–  Je ne t’ai pas évincée. Tu as causé ta perte toute seule. Personne ne t’a obligée à voler ce baume, il ne t’était pas destiné.

–  Tu y as placé le poison, chienne !

Them fait lâcher prise à Lux, craignant sans doute qu’elle ne brise la nuque d’Alaia à force de la tordre. Il la garde dans ses bras quelques instants pendant que la devarah vérifie que ses cervicales sont encore en état de marche. Des étoiles dansent devant ses yeux, elle a la nausée, mais le malaise passe.

–  Franchement Alaia, je n’aurais jamais cru ça de toi, lâche-t-il. Empoisonner une consœur, tu m’impressionnes. Quand j’ai rencontré Luxatari, elle était si triste, si malheureuse. Alors quand elle m’a expliqué la source de ses malheurs, je suis tombé des nues. Elle et moi avions eu le cœur brisé par la même personne.

Alaia fixe Them d’un œil morne.

–  Je ne peux pas briser ce qui n’existe pas.

–  Assurément tu peux. Lux croyait en toi, elle pensait que tu étais son amie. Que vous apprendriez ensemble vos… ce qu’on vous apprend. Et moi, je t’aimais, petite souris. Je t’aurais tout donné. Pourtant, tu as voulu me quitter.

Cette fois Alaia n’y tient plus.

–  Vous avez terminé vos jérémiades ? Je n’ai rien à voir avec vos problèmes, alors fermez-la. Tu veux ta caillasse, Them ? J’espère que tu as appris les rudiments de l’hekâ dans la fange où tu as passé ces dernières années parce qu’il va t’en falloir pour le récupérer là où il est.

Them se fige, attentif.

–  De quoi tu parles ?

–  Il va falloir me détacher si tu veux que je t’explique.

–  Pas question, explique-toi d’abord.

Alaia pousse un soupir ulcéré.

–  Il a fusionné avec moi.

Quatre paires d’yeux se tournent vers elle.

–  Pardon, tu peux répéter ?

–  Il a fusionné avec moi quand je l’ai touché. Je ne sais pas comment, ni pourquoi. Maintenant il est en moi, je n’ai aucune idée de ce qu’il va me faire ni de comment le retirer, alors vos petites rancœurs, là…

Them, Lux, Niz et Kimbra s’éloignent et forment un conciliabule pendant quelques minutes. Lux montre des signes d’agacement, Them l’enjoint à se taire, Niz tempère tout le monde et Kimbra n’a pas l’air de comprendre un traître mot, comme d’habitude. Que de bons souvenirs…

Niz revient vers Alaia, une dague à la main. Lux a veillé à ce qu’il enfile des gants. Il s’arrête à quelques pas, lui offrant le calme familier de son visage plat et lunaire.

–  Je suis désolé pour tout ça, Alaia. Est-ce que tu peux me dire comment ça s’est passé ?

–  Tu peux me détacher les mains ?

Niz tranche la corde qui entrave ses poignets dans son dos. Alaia lui tend la main gauche.

–  Il est rentré par là. Je le sais parce que ça m’a fait un mal de chien.

Le voleur examine la main. Son regard glisse le long de la ligne nouvellement créée.

–  Elle dit vrai. Il y a une cicatrice ici.

Soudain, la marque s’ouvre et l’œil se révèle, rouge, luisant et agité. Niz pousse un cri et recule. Les autres observent le spectacle à bonne distance.

–  Elle est akhou* ! s’écrie Kimbra. Je joue pas avec ça, moi ! C’est de la sale sorcellerie !

Sous le regard médusé de ses compagnons, Kimbra ouvre la porte de l’entrepôt et s’enfuit en courant. Alaia n’est pas surprise. Le garçon a toujours été le costaud de la bande, mais il est perclus de superstitions et se méfie de tout ce qui pourrait être magique. Il collectionne amulettes et talismans de protection qu’il accroche à son cou, dans ses tresses et à ses poignets.

Alaia contemple sa main, revenue à la normale. Non loin, Them, après avoir juré copieusement à l’attention de Kimbra, reprend contenance.

–  Eh bien, on sait où est le caillou, maintenant. Désolée ma belle, tu devras te passer de main gauche…

Alors que Them se dirige vers elle, dague en main, manifestement décidé à la mutiler, Niz s’interpose.

–  Non.

Le chef foudroie son lieutenant du regard.

–  Laisse-moi faire, ça va pas être beau à voir, mais il nous faut ce rubis.

–  Tu as le rubis. La mission est accomplie. Livre Alaia au client et laisse-le se démerder avec le pouvoir de cet objet. À ta place, je ne pointerais pas une arme dans sa direction.

–  Comment ça, la livrer au client ? proteste Lux. Et ma récompense à moi, vous y pensez ?

–  La ferme, je réfléchis, répond Them. Niz a raison, on la ramène au Minoen et on empoche l’or.

Les voleurs se tournent vers Alaia, À l’endroit où elle se tenait, il ne reste que des cordes par terre.

À suivre...

Une femme ligotée toise du regard un homme énervé qui serre les poings d'un air menaçant.
Évidemment, j'ai oublié de dessiner Them avec son gant, mais j'ai un peu rushé pour réussir à finir cette illustratioon dans les temps et voilà le résultat ! XD

Si cet épisode t'a plu, fais-le moi savoir en laissant un commentaire. Et si le coeur t'en dit, tu peux aussi m'offrir un café virtuel pour m'encourager à continuer cette aventure.

4 Commentaires

  1. Nathalie Bagadey

    Yeah! Bien joué, Alaia !! 💪
    Ça m’a surprise que la peau s’ouvre pour montrer le bijou, je ne m’y attendais pas. Est-ce que ça fait mal ?
    J’ai hâte de comprendre comment ça fonctionne et pourquoi le rubis est entré dans sa main, mais je suppose que cette info, c’est pour dans trèèèèèèès longtemps ? 😉

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    • Aemarielle

      Héhé oui, les explications devront attendre un peu, mais je peux déjà te dire que ça ne fait pas mal, c’est presque comme s’il avait toujours été là. ☺️

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  2. Valentine

    Arg ils allaient lui couper la main?! Ou… la vendre en entier?? Des petits monstres qui cachent bien leur jeu sous leurs désolés… trop hâte de la suite… !

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    • Aemarielle

      Them aime les solutions simples, comme retirer une caillasse au pied de biche (avec un couteau, en l’occurrence 😁). Niz est tout petit peu plus prudent à l’idée de tripatouiller un objet magique avec une arme, donc oui, il est plutôt du genre à vendre le lot complet !

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