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Alaia descend les paliers qui l’emmènent du quartier des Coffres d’Ouadjour, là où s’étalent les maisons des habitants les plus prestigieux, en direction de la Ruche, où s’entassent la population ouvrière, les marins et la faune la moins recommandable de Djedou.
Traverser la cité de nuit quand on est vêtue à l’istarienne et qu’on transporte le fruit d’un vol caractérisé sur soi n’est pas une bonne idée. Dès qu’elle en a l’occasion, dans le quartier des artisans, Alaia dérobe des étoffes suspendues pour se couvrir et fabriquer une besace de fortune pour y ranger ses affaires. Pieds nus, débarrassée de ses bijoux au cliquetis trop repérable, elle se faufile en silence dans les ombres en direction du port, sans trop savoir ce qu’elle va y faire.
L’odeur du Nelos devient plus prégnante à mesure qu’elle descend vers la Ruche. Le fleuve serpente aux pieds de la cité, la lune s’y reflète dans la nuit. Elle aperçoit les silhouettes des navires amarrés au port. Alaia n’a plus remis les pieds là-bas depuis longtemps et n’envisageait pas de le faire, surtout pour y retrouver Them. Que va-t-elle lui raconter ? Désolée, je n’ai pas trouvé ton caillou, mais je t’ai rapporté un phallus magique pour que tu te le fourres là où je pense ?
Alaia se cache dans une ruelle et, à contrecœur, examine sa main gauche. La plaie béante se résume à présent à une simple ligne de vie supplémentaire, à peine plus marquée. Pendant quelques instants, elle caresse encore l’espoir que tout ceci ne soit qu’un rêve. Elle va se réveiller, accomplir sa basse besogne avec aisance et remplir sa part du marché pour que Them libère Luxatari.
La réalité se rappelle à elle et les larmes embuent sa vision. Ce n’est pas un rêve, elle a échoué de la pire façon possible. Tout le monde a dû s’apercevoir de sa disparition et qu’Héria ne dort pas d’un sommeil naturel. Alaia s’est plantée dans les grandes largeurs. Elle ne peut plus retourner au temple, maintenant. Quand Héria se réveillera, elle verra très vite que la collection de son mari a été fouillée. On viendra l’arrêter, on risque même de soupçonner Dame Nessato de complicité. J’ai ruiné la réputation de ma maîtresse… J’ai gâché ma vie pour une fille qui me déteste et me croit responsable de son sort. Quelle imbécile je suis.
Pleurnicher sur son sort ne sert à rien. Alaia sèche ses larmes et étudie ses options. Certes, elle ne peut pas donner le rubis à Them - elle ne sait même pas comment le sortir de sa chair - mais elle peut lui donner l’olisbos, qui vaut un paquet de debens. Ça ne réjouira pas son client, mais il aura de quoi l’indemniser si nécessaire. Cet objet vaut largement la rançon de Luxatari. On parle d’une catin de la Ruche, pas d’une princesse.
Pendant un instant, Alaia caresse l’idée de fuir. Vendre ses affaires, acheter sa place dans une caravane et se laisser porter loin d’ici. Enfant, elle et ses compagnons d’infortune rêvaient de voyager, de traverser la Grande Verte, d’échapper aux griffes de la Confrérie. Ils n’ont jamais eu le temps de mettre leur plan à exécution.
Alaia soupire : elle n’a pas fait tout ceci pour laisser tomber Luxatari. Peu importe en quels termes elles se sont quittées, personne ne mérite de finir entre les mains de Them.
– Retrouve-moi aux entrepôts sud, lui a-t-il dit. Apporte le rubis et tu récupéreras Lux.
Alaia chuchote quelques prières à Baast et prend la direction du port.
À suivre...

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