Si tu as manqué le premier épisode, commence par là !
Elles sont à peine arrivées à l’étage qu’Héria colle Alaia contre le mur et l’embrasse, la respiration courte. Sa peau est brûlante, ses pupilles enfiévrées. Alaia accueille la langue vorace contre la sienne et se laisse posséder quelques instants, sa jambe gauche remontant le long de la cuisse d’Héria. Leurs souffles se mêlent dans un effluve de vins aux épices.
Le couloir est illuminé de bougies suspendues à intervalle régulier, qui éclairent des bustes sculptés, des armes et boucliers accrochés au mur, tout ce que Nebsen aime exposer à la vue de ses invités et des membres de sa famille.
La salle de séjour, en bas, foisonne de ces trophées de voyages. Mais tout ceci est du menu fretin, des babioles pour épater la galerie. Sa collection la plus précieuse n’est pas accessible au tout venant. Elle justifie l’emploi d’une garde privée pour surveiller la demeure nuit et jour. On n’y accède que par…
– La chambre… grogne Héria en dessoudant ses lèvres de celles d’Alaia. Je n’y tiens plus.
La maîtresse de maison entraîne Alaia vers une porte en bois sombre gravée de vagues et de poissons. Tout dans cette maison est un hommage à la Grande Verte*, pensé par et pour Nebsen, constate la jeune femme. Elle n’a pas le temps d’y réfléchir davantage, Héria la pousse à l’intérieur de la pièce.
La musique venue d’en bas s’éteint lorsque la porte se referme. La chambre est spacieuse, fraîche et un délicat parfum émane d’une coupe de fleur séchées posée sur une table à côté de la couche du couple. Celle-ci est couverte de draps à la finesse incomparable et de coussins aux motifs floraux brodés au fil d’or. C’est sans doute le seul endroit qui évoque un tant soi peu les goût de dame Héria. Tout y est doux et accueillant, au contraire de ce qu’Alaia a vu du reste de la demeure, qui transpire le caractère austère et ombrageux de son propriétaire. Près du lit, une autre porte, fermée, celle-là.
– Déshabille-moi, ordonne Héria.
Dans son ton, Alaia entend plus une supplique qu’une exigence. La femme a les jambes en coton et le ventre en liquéfaction. D’un geste habile, elle détache les fibules des épaules, laissant l’étoffe bleu-nuit glisser le long des seins lourds de la dame. Puis, elle libère sa taille, engoncée dans une large ceinture constituée de plaques d’or. Aussitôt, Héria retrouve une respiration plus profonde. La robe dégringole sur le tapis moelleux dans un doux froufrou.
Alaia admire l’harmonie entre les épaules rondes, le buste solide et les hanches généreuses de la dame. Elle caresse avec respect le ventre légèrement distendu, s’agenouille devant lui et l’embrasse.
– Istara t’a bénie, tu es magnifique, murmure-t-elle.
La femme passe ses mains dans ses tresses rousses et retire le peigne rehaussé d’un disque d’or qui en retient une partie en chignon. Alaia sent sa chevelure cascader le long de son dos.
– Et toi, tu as une chevelure incroyable. J’ai toujours cru que tu portais une perruque.
La plupart des hommes et femmes riches portent des perruques ou des extensions capillaires. Les cheveux sont une marque de beauté et d’élégance en Khem*, tous genres confondus. Nessato, la maîtresse d’Alaia, l’a prise sous son aile en échange d’une bonne longueur de ses boucles roux foncé. Paradoxalement, tout le monde s’arrache les perruques rousses, mais peu de gens ont vraiment envie de l’être. Les décherchéni* suscitent la convoitise des serviteurs de Satekh* et personne ne souhaite finir sous une lame sacrificielle. Alaia se contente de poser un doigt sur ses lèvres, immédiatement compris par Héria.
– Je ne dirai rien, promis. Descends, maintenant.
Ses mains se font pressantes sur le crâne d’Alaia, qui glisse son visage entre les cuisses de la dame. Son sexe est nu, odorant, et Alaia en goûte rapidement l’humidité, abondante et salée. Héria gémit et appuie encore un peu plus fort sur le crâne d’Alaia. Celle-ci glisse sa langue un peu plus avant, à la recherche d’un point précis qui n’est sans doute pas souvent exploré par son époux soi-disant aventurier. Les jambes d’Héria faiblissent sur leurs appuis quand Alaia le trouve et le réveille. La devarah maintient les cuisses de son amante pour la stabiliser et poursuit son œuvre. De temps en temps, elle lève les yeux vers le visage d’Héria, mais celle-ci penche la tête en arrière et exprime son plaisir sans retenue.
– Sur le lit, halète-t-elle bientôt.
Les deux femmes s’installent sur la couche confortable. Les draps sont doux et parfumés, Alaia a envie de s’y glisser, mais elle doit rester concentrée sur sa tâche. Elle retire son gorgerin de perles et d’or, se déleste de son pagne et de ses sandales. Héria retire un lourd collier de lapis-lazuli et le laisse tomber sur le tapis comme s’il s’agissait d’une breloque sans importance.
– Attention, chuchote Alaia.
– Ne t’inquiète pas, répond Héria, si je veux des bijoux, je n’ai qu’à me servir dans la collection de Nebsen.
– Il paraît qu’il possède des parures venues de bien au-delà de la Grande Verte, badine Alaia en picorant les seins d’Héria de baisers.
– Hmmm, et bien d’autres choses aussi…
Quelque chose dans la voix de la dame pique la curiosité d’Alaia.
– De quoi parles-tu ?
– Reprends ton œuvre et je te le dirai peut-être, la taquine Héria.
Amusée et un peu excitée, Alaia écarte les cuisses généreuses et, installée plus confortablement, utilise les techniques de torture istariennes les plus élaborées pour faire monter le plaisir chez sa cliente. Elle caresse, mordille, joue, impose des changements de rythme, laisse l’hekâ passer de sa langue au clitoris d’Héria. Celle-ci est cambrée, les bras en arrière, le visage dissimulé sous les boucles de sa perruque.
– Il a rapporté des olisbos* d’un voyage au Khitan*, finit-elle par avouer dans un râle.
– Des olisbos ? Ton époux ? s’étonne Alaia en marquant une pause. Il ne semble pas du genre à utiliser ce genre d’objets.
– Non, mais il ne peut pas s’empêcher de les collectionner. Il en a rapporté un en jade, un objet magnifique. Quand je l’ai vu, j’ai eu envie de le toucher, de le manipuler, mais Nebsen s’est contenté de l’enfermer avec le reste.
Elle se redresse, une expression d’enfant comploteuse sur le visage.
– Je l’ai utilisé quand même, confesse-t-elle.
Alaia se compose une expression stoïque, mais l’excitation monte inexorablement. Istara est avec elle, on dirait. Et peut-être aussi Baast, dame la chance.
– Vilaine, murmure Alaia en glissant un doigt dans le vagin d’Héria.
Ses phalanges y pénètrent sans résistance tant la dame est prête. Cuite à point.
– Je pourrais l’utiliser sur toi, susurre-t-elle en insérant un deuxième doigt dans l’orifice. Je suis experte dans le maniement des olisbos.
Les yeux d’Héria s’agrandissent. Elle s’imagine déjà en situation, pénétrée par un objet manié par une devarah. Elle se dégage en douceur de l’attaque sournoise d’Alaia, se lève et se dirige vers un bureau muni de nombreux rangements et tiroirs. D’un geste, elle retire une épingle de ses cheveux et la glisse dans la serrure de l’un d’eux. Alaia se redresse, incrédule. Dame Héria, en train de crocheter. On aura tout vu.
L’opération prend un moment – Héria n’a pas été formée par la Confrérie* – durant lequel Alaia meurt d’envie de lui arracher l’outil des mains pour la remplacer, mais elle finit par ouvrir le tiroir, triomphante et en sort une clé.
– Tu te livres souvent à ce genre d’activités ? s’enquiert Alaia en s’étirant comme un chat sur les draps chauds.
– Non, pas si souvent, ment la dame sans y mettre beaucoup d’effort.
– Et où va cette clé ?
Sur le visage d’Héria se dessine un sourire.
– Là où Nebsen garde ses petites affaires. Attends-moi, je reviens.
Nue comme un ver, Héria ouvre la porte à côté du lit et s’éclipse. Alaia attend quelques instants et entrouvre à son tour la porte. La dame disparaît dans une pièce au bout d’un couloir étroit. Merci Baast !
Alaia sait désormais où se trouve la collection privée de Nebsen. Reste à s’y rendre, seule de préférence.
À suivre

Notes de l'autrice:
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